• 13*Novembre 1915- Mars 1916

    Le carnet n°2 de Joseph Duchêne s’arrête fin novembre 1915.

    Au mois de mars 1916, Joseph quitte le 230 RI. Nommé "interprète" pour la langue russe,

    il rejoint la première Brigade Russe en France .

    j'inclue ici un extrait de l'Historique du 230 è RI correspondant à la période d'automne 1915 jusqu'au printemps 1916.

     

    "Historique du 230 ème RI (Imprimerie Depollier – Annecy) 

    "[...] Peu après, le 230e glisse vers la gauche et prend le secteur voisin, sa droite appuyée au ruisseau de Leintrey, limite gauche du secteur de Reillon.

    La lutte se fait plus opiniâtre ; le 8 octobre [1915],
    nouvelle attaque allemande menée avec de très puissants moyens ; la densité d'artillerie devient telle qu' en aucun point du front tenu depuis par le régiment on ne l'a rencontrée plus forte, l'ennemi fait pour cette position une débauche de moyens tout à fait inaccoutumée.

    Son attaque est menée par un bataillon de chasseurs saxons entraîné de longue date spécialement à cette fin. Il réussit à prendre pied dans nos lignes. Des contre-attaques immédiates sont opérées auxquelles prennent part les 17e et 18e compagnies. Elles sont meurtrières et ne donnent pas de résultats appréciables. La 17e compagnie s'y conduit d'une façon fort brillante et mérite une citation à l'ordre de l'armée.

    Le 15 octobre, une opération d'ensemble est organisée à laquelle prennent part les mêmes unités : cette opération nous rend la majeure partie du terrain perdu. De tous ces combats acharnés naissent deux
    lignes de tranchées adverses distantes de moins de trente mètres, un terrain bouleversé et des organisations défensives embryonnaires. Une période extrêmement pénible commence alors : le jour, le bombardement détruit tranchées et boyaux que l'on reconstruit hâtivement pendant la nuit.
    Dès que le soir tombe, les grenades volent d'une tranchée à l'autre et rendent malaisée toute réfection. Pour comble, l'arrière-saison devient soudainement très pluvieuse ; tout s'écroule, les boyaux deviennent des ruisseaux de boue où les hommes s'enlisent, les communications deviennent à peu près impossibles, le séjour presque intolérable. Les efforts nécessaires à une telle situation ne se démentent pas un instant et le régiment fait vaillamment son apprentissage de la plus dure des guerres de position.

    Lorsque, le 27 décembre, il est relevé par le 167e régiment d'infanterie, il offre le spectacle d'une unité appauvrie sans doute de tous les éléments qu'elle a perdus, fatiguée par six mois d'efforts incessants, mais parfaitement adaptée à toutes les nécessités de la guerre moderne.
    Après deux jours de repos à Fontenoy-la-Joûte, le 230e fait route par voie de terre pour gagner la région de Saffais.

    Le 1er janvier 1916, il s'installe à Rosières-aux-Salines.
    A quelques kilomètres de cette localité, la 74e division construit en quelques jours le « camp de Saffais », vaste terrain d'exercice où toutes les divisions au repos devaient plus tard exécuter des manoeuvres d'ensemble.
    L'éloignement du camp, la saison qui continue à se montrer maussade et pluvieuse rendent assez pénibles les évolutions du régiment qui, d'autre part, ne jouit que d'un repos assez précaire.

    Le 230e est ensuite employé à l'organisation d'une position d'arrêt sur la ligne Erbéviller – Forêt de Champenoux.

    Au début de février, la division reçoit l'ordre de se rendre, par voie de terre, dans le secteur Nomény – Pont-à-Mousson. En arrivant, le 8 février, dans la sereine vallée de la Moselle, nos soldats apprécient immédiatement le changement de décor : plus de tranchées boueuses et démolies, plus de boyaux à défendre à la grenade, mais une vaste plaine tranquille, flanquée à gauche par le piton du Xon, en arrière et à droite par le mont Saint-Jean et les hauteurs de Sainte-Geneviève,
    couverte au centre par l'immense Forêt de Facq, toute peuplée de camps confortables et d'accueillantes cagnas. Au loin s'aperçoit Metz qui presse ses toits sans nombre autour de sa vieille
    cathédrale, au milieu de la ceinture de ses forts. On comprend de suite que ce séjour sera reposant ;
    certes, le travail ne manque pas, les organisations défensives demandent de gros perfectionnements, mais la Seille qui coule entre les lignes constitue une défense sérieuse sur laquelle on se repose
    beaucoup. De Nomény au Xon, toutes les unités se succèdent sur toutes les positions, Clémery et son château, Port-sur-Seille et sa tour, Morville, la Forêt de Facq et ses avancées du bois de Cheminot et du bois Bluzet.

    Pendant toute la période, les pertes sont très légères. Le 230e s'enrichit d'un bataillon du 223e régiment d'infanterie qui prend le n° IV. Recruté dans des régions limitrophes de la Savoie, de même composition ethnique ayant depuis le début de la guerre vécu les mêmes actions, cet élément nouveau fait corps immédiatement avec les autres et la meilleure camaraderie s'établit entre tous.
    Si la vie dans la Forêt de Facq était relativement facile et sans gros périls, elle devint vite lourde de soucis et d'angoisses. Un soir de février, par delà le bois Le Prêtre, le ciel se sillonne d'éclairs et
    toute la masse des bois retentit d'un roulement sourd et ininterrompu. C'est Verdun qui commence.
    Les jours qui suivent disent l'importance de l'attaque, nos premiers échecs, l'imminence du péril. On sait que, en hâte, nos disponibilités sont envoyées dans la fournaise, on sait que sur ce champ clos
    nous acceptons de jouer la grosse partie et que bientôt notre tour viendra de prendre part à l'immense bataille.[...]"

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