• 01*1914 Octobre - 2ème partie - du 21 au 30

    Mercredi 21. Matin aux tranchées.

    Comme je suis de jour, je reste au cantonnement. Pendant le repas (à la cure, où j’ai réparé la pendule) on nous annonce que tout le monde va partir à midi et demi.Nous nous préparons. À une heure tout le bataillon part pour Bethelémont.

    La 5e (1er peloton) va occuper un promontoire qui s’avance sur Bures. C’est la cote 322.

    02* 1914: Octobre du 11 au 24 , Arrivée au 230 ème RI en Meurthe et MoselleLe Lieutenant Geps[3] envoie une patrouille en avant, forte d’une escouade. Les 2e et 3e escouades en tirailleurs derrière. La 4e en réserve; la 2e section avec le capitaine sur notre droite. Nous occupons la crête sans rencontrer personne. Nous voyons les tranchées françaises, vieilles de deux mois et les tranchées allemandes, où restent des culots de cartouches des chargeurs. Trous d'obus allemands. Je parcours les petits postes et la ligne de sentinelles avec le lieutenant Geps. À la lorgnette, nous voyons, à gauche de Bures, deux sentinelles alldes et un petit poste qui se replie vers Bures. À droite du village sous un pommier une sentinelle. Le sergent Lugrin organise un abri.

    On nous apporte de la soupe froide, du macaroni au fromage froid, de la viande rôtie et du café froid. Repas aux étoiles; on voit une belle comète. Jupiter éclaire; les étoiles brillent d'un bel éclat.

    Le canon tonne vers St-Dié et vers Nancy; il tonne aussi à 10 ou 15 Km. Dans la direction de Nancy jusqu'à la nuit. Dans le lointain on tire toute la nuit.

    Chez nous, le calme. Un coup de feu, puis plus rien. Vers 3h, nouveau coup de feu puis plus rien <(sur des poulains)>.

    Je dors paisiblement; un peu froid aux pieds. Un brouillard nous couvre d'eau. Les fusils rouillés, mouillés.

    Le brouillard nous permet de travailler aux tranchées. Je me réchauffe en maniant la pelle. On apporte le café au lait.

    Jeudi 22 octobre. Le brouillard se lève vers 9 heures. Nous nous immobilisons dans les tranchées. Le soleil vient nous réchauffer. On apporte le déjeuner. Bon repas de chasseur, café, cigare. Je me couche sur la paille dans l'abri et lis un roman-feuilleton. Immobilité jusqu'à trois heures.

    Je sors de la tranchée et je vois arriver en arrière une patrouille de cavalerie. Le maréchal des logis me dit qu'il va se poster vers la ferme qui est à côté de Bures et me demande de faire un feu s'il est attaqué. Ils descendent à droite, s'avancent.

    Au loin, une patrouille allemande s'avance, à un coup de revolver du margis[4], les cavaliers rebroussent et une patrouille de notre 1er bataillon s'avance, puis tout rentre. Rien jusqu'au soir.

    On nous relève vers le soir. Nous rentrons manger la soupe à Bethelémont. Aussitôt, coucher dans la paille, au-dessus de notre popote. Nous avons des matelas, oreillers pris à la ferme de la Fourasse.

    On annonce une victoire Russe sur la Vistule.

    Vendredi 23 octobre. Repos, nettoyage. Le 2e peloton monte aux avant-postes. Le capitaine Roubertie vérifie l’ordinaire. Travail aux tranchées.

    Samedi . Tranchées.

    Dimanche 25 octobre -Reçu lettre de Marie[5], du 23 septembre. Matin Tranchées.

    [3]     Geps = Jules Laurent Georges Gebs  Lieutenant           /

     [4]    Margis : maréchal des logis

    [5]   Marie Makarov sa femme et ses fils Georges et André sont à Kielce en Pologne (Russie)

     

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    03*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 32203*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 322

     

     

     

     

    Dimanche 25 octobre 1914 - Reçu lettre de Marie,du 23 septembre. (Marie Makarov sa femme et ses fils sont restés en Pologne )

    Matin: Tranchées.

    Soir: Nous montons (le 1er peloton) aux avant-postes à la «Corne du Bois» en arrière de la cote 322, avec vue et postes sur Arracourt à gauche, Juvrecourt, Réchicourt et Dieuze. La grand'garde est installée dans les baraques en branchages, près du poste téléphonique où couche l'officier du peloton (Lieutenant Geps). Je suis de piquet avec une escouade, la 2e, du caporal Châtelet (Ingénieur au Havre, grand voyageur au Mexique, en Silésie, en Franconie.)

    03*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 322Je fais une ronde; il fait tiède, les nuages courent sur la lune dans les futaies. Je mets mon passe-montagne, mon jersey et ma ceinture de flanelle et je me couche sur la paille dans un abri. Tout à coup je vois une lampe électrique à 20 pas devant moi;

    Je crie "- C'est vous mon Lieutenant? Qu'y a-t-il?"

    "-Oui c'est moi répond une voix; Où est le Lieutenant Geps?»

    C'est le capitaine! Derrière lui, toute la compagnie, qui vient prendre les avant-postes. On les fait coucher sur deux rangs, sous la pluie qui continue de tomber. Tout le bataillon est là!

    L'artillerie arrive, on entend le battement des essieux ; On m'envoie faire une patrouille avec deux hommes aux avant-postes de la 2e section. Je ne connais pas les lieux ni l'emplacement des postes. Je mets 20 minutes pour arriver à Lugrin (Sergent) qui me conduit jusqu'au col; je rentre à la grand'garde et j'essaie d'arriver au poste de Desaix (sergent) vers Arracourt. Je m'enfonce dans la boue, je me perds dans le bois, mais ne peux arriver. Je rentre. La pluie commence. Le 2e peloton est toujours couché sur deux rangs dans le bois; ronflements.

    Je me couche. La ronde de 2 h du matin sous la pluie est faite par le sergent Pillet.

    À 4 h, je vais réveiller les officiers. Il fait si noir que je ne peux trouver la cabane. Je fais prendre un tison et je me trouve adossé à la cabine. «Dormir jusqu'au jour ! »

    Je vois bientôt arriver des régiments en colonne par 4, précédés d'éclaireurs - de la cavalerie et le peloton cycliste.La division va faire une reconnaissance vers la forêt de Parroy à droite et vers Réchicourt de l'autre.

    Nos 75 commencent à arroser le terrain (une batterie) puis les patrouilles, les lignes de tirailleurs avancent; devant moi, le 36e colonial, les 299 et 223e avancent. Nos canons se taisent; les 77 Allemands commencent le feu sur nos lignes; vers Arracourt, à 4 ou 500 mètres de nos tranchées. Aussitôt repérés par nos batteries, ils se taisent et ne prennent plus part à l'action.

    Bientôt le feu des fusils commence, augmente, notre mitrailleuse aussi s'en mêle; les 75 arrosent les tranchées ennemies, l’entrée des villages, les pentes boisées.

    Je déjeune de soupe et d'un excellent bifteck, pendant que les maisons sautent et s'enflamment. Au loin, de la droite, une batterie des nôtres s'est avancée et dévaste la plaine.

    Le soir, on annonce qu'il y a 350 prisonniers allemands. Ils produisent l'impression, ces prisonniers, d'être heureux de ce qui leur arrive.

    On dit qu'une Cie s'est rendu après avoir fusillé son capitaine.

    En rentrant le soir au cantonnement nous voyons, les fusils et équipements des prisonniers.

    Les nouvelles de Russie sont bonnes.

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    Extrait du Journal de Marches et Opérations

    03*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 322

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    03*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 322

    Mardi 27 octobre. 8 h aux tranchées. Nous allons faire un abri pouvant résister aux obus percutants. Tranchée, madriers de chêne, etc. … Bonnes nouvelles du front russe.

    Mercredi 28. Tranchée, abri- Pluie toute la nuit.

     

     

     


    03*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 322Jeudi 29 octobre. Matin, tranchées – Soir, pluie.

    Mon peloton monte aux avant-postes à la cote 322, devant Bures; qui parait-il est maintenant occupé par nous.

    On raconte que le 333e régiment a une équipe de patrouilleurs volontaires, apaches parisiens, qui reçoit 25 fr par prisonnier. Ils marchent sans équipement, avec cartouches dans la poche.

    Hier soir, l'un d'eux, vers le parc d'Arracourt, s'est heurté à une sentinelle allemande; celui-ci effrayé s'est enfui en hurlant.

    La pluie a cessé. Je suis envoyé en extrême pointe à la gauche de Bures, à la corne d'un autre bois qui descend vers Arracourt, avec sentinelles à l'extrême point, plus haut à droite.

     

    Je place mon petit poste dans un abri avec toit en planches recouvert de papier bitumé, mais sans parois, plancher de terre détrempée, sentinelles de nuit. On apporte du café; je vais mettre un jersey et une ceinture de flanelle à la grand'garde en passant par les autres cités troglodytes de Vuillet et Muffat. Je laisse mon sac à la grand'garde chez Jollivet et je vais avec lui à la ferme de la Fourasse en passant par la grande carrière et les baraques en paille de Desaix. À la ferme, la 4e se chauffe à un grand feu, les veinards, ils ont du feu, un toit, des planches pour s'asseoir devant la grande cheminée. Les cuisiniers qui m'ont suivi remportent chacun deux marmites d'eau, nous rentrons.

    Je passe voir le lieutenant, bien abrité avec une bâche pour porte. Je passe chez Muffat, j'entre dans son souterrain et nous causons de la guerre, de l’Allemagne, de Guillaume ; du service fait aux avant-postes par les officiers, par les sous-officiers et soldats.

    En sortant de sa tranchée, je me perds complètement, une sentinelle m'arrête. Je rentre comme je peux.

    Je me couche une heure, sur deux morceaux de planche et quelques touffes de genêts. J'ai un fort rhume de cerveau aussi je ne peux dormir. Je me relève, visite mes sentinelles et me recouche sans dormir.

    Le soir, la canonnade de nos grosses pièces a été violente sur la forêt de Besanges, voisine. Le tir semble réglé par des fusées. Vers le Nord-Est, on voit des lueurs dans le ciel. La canonnade vers Nancy (plus loin) toute la nuit sans interruption. Quelques coups de fusil. La lune se montre parfois dans la brume, puis disparaît. Vers le matin obscurité absolue.

    Vendredi 30 octobre. Lueur blafarde - puis plus à gauche, aube rouge sanglante, entourée de nuages lourds et sombres, puis tout s’efface dans le ciel tandis que tout devient visible sur terre.

    À 5h1/4, je réveille mon caporal et je l'envoie avec cinq hommes à la pointe à occuper. On apporte le café.

    Je pars en excursion vers Bures et remonte vers le poste du lieutenant. Lugrin me montre notre porteur de café au lait qui arrive de Bethelémont. Nous allons réchauffer le café dans la carrière, puis buvons un quart. Si peu! Je conduis l'homme, en avant des lignes, par le petit col, vers les sergents Vuillet et Muffat. Nous voyons un peloton de Dragons arrière en reconnaissance vers Bures.

    (J'ai écrit au crayon dans un trou d'artilleur, sur une botte de d'avoine, tantôt écrivant, tantôt observant à la jumelle, de la crête avancée de la cote 322 sur Bures – Interrompu pour aller en reconnaissance à Bures.)

    Comme nous traversons le plateau entre le col et le petit-bois où est mon poste, Pan, un obus.

    Je crois que c'est sur la cavalerie en bas. Elle avait déjà dû se replier vers Bures sous la fusillade des tranchées allemandes. Tranquillement, nous continuons. Le deuxième et troisième obus viennent éclater sur notre droite, les shrapnells grattent le sol près de nous. Au pas de gymnastique nous gagnons la tranchée du petit-bois et le 4e coup éclate au-dessus de nous, trop long pour nous atteindre.

    Cela dure 10 minutes environ. Je les passe dans le bois; pour me donner une contenance, j'allume une cigarette, appuyé contre un sapin.

    C'est fini; je rentre à mon poste.

    Mes sentinelles avancées ont eu peur et se sont repliées sur le petit poste. Avec Vuillet, nous les renvoyons en avant.

    Vers 10h, soupe, bifteck, riz chaud. Je vais faire un tour à la grand'garde, pour prendre la jumelle du lieutenant Geps.

    Je reçois trois lettres (Cibaud, Joris, Chabert) et je vais me poster pour observer à la lorgnette, lire mes lettres et écrire, à la pointe extrême sur Bures, dans un trou où la sentinelle m'apporte une botte d'avoine. On voit une tranchée, à gauche avec une section allemande (avec un uniforme sombre et non gris) qui doit travailler.

    Vers deux heures, le froid me fait partir. Je me dirige vers le col de droite; la sentinelle m'apprend que le lieutenant Geps m'a cherché pour aller en reconnaissance à Bures, il est parti. Je pars au pas de gymnastique et rejoins la patrouille de 10 hommes dans le village; en allant je vois un obus allemand non éclaté, je fais lever un lièvre roux et je trouve une blague pleine de gros tabac.

    À Bures, j'achète une demi livre de beurre pour 20 sous; les femmes nous apprennent que les allemands faits prisonniers ont bien eu 10 minutes pour se sauver et ne l'ont pas fait; que les Prussiens avaient toujours un observateur dans le clocher.

    Nous revenons en arrière; je porte mon beurre dans une cartouchière française que Lugrin a trouvée à Bures; il porte un chou. Tout à coup un obus éclate, sur la droite. La canonnade commence. Nous continuons à avancer vers St Pancrace et La Fourasse.

    Arrêt au petit poste vers les huttes de paille, en bas des carrières. Plus d'obus; nous remontons vers la grand'garde. Nous mangeons une tartine de beurre avec Lugrin. Geps et le petit sous-lieutenant Favre en font autant, sous la grande bâche verte. Je remonte mon sac.

    Bon! Voilà les obus qui recommencent. Nous rentrons dans la tranchée-abri et comme les obus vont vers la droite, nous les regardons exploser ou percuter dans le col d'Arracourt. Le petit poste du col, occupé par la 6e Cie est visé et touché plusieurs fois. Enfin, c'est fini!

    Personne ne bouge encore. La nuit vient. La relève arrive.

    Je suis chargé d'aller relever les postes sur le plateau. J'y vais, mais intérieurement, je suis persuadé que les Allemands vont nous bombarder pendant la relève. Nous nous défilons sur les pentes, nous arrivons, nous relevons... Tout se passe dans le calme.

    Je trouve mon petit poste intact, pas de blessés, mais un percutant a failli toucher le toit de l’abri et a troué la terre à 12 pas en arrière. Beaucoup d’obus ont arrosé le bois. En somme, il n'y a eu que 4 blessés à la 6e: un caporal très gravement; le sergent Duffour, arrivé avec moi, a eu la jambe traversée par une balle de shrapnell, l'artère et l'os sont intacts; les deux autres, blessures légères.

    Je ramène la 1e section vers la grand'garde et je les laisse partir pour aller rendre compte au lieutenant Pierret de la 8e et prendre mon bidon oublié. Je dois rentrer seul à Bethelémont; je retombe sur le chemin après avoir repassé une colline sur laquelle je fais lever trois lièvres dans les avoines et les blés non fauchés. Je rencontre les brancardiers qui vont chercher le deuxième blessé, le sergent.

    03*1914: Octobre du 25 au 30- Bures cote 322Comme il fait bon se retrouver au logis, pourtant si sale et si étroit de la popote !                                          

    Comme il fait bon dormir sur la paille où ont dormi les Allemands, pleine de poussière

    mais où il fait chaud et où l'on se sent à l'abri des obus.

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